L’attentat de Lockerbie

24 avril 2001 – 13:38

Terrorisme | Attentats 

Le 21 décembre 1988, un Boeing 747 de la compagnie américaine PanAm explose en vol, au dessus du village écossais de Lockerbie. La découverte de traces d’explosifs sur des débris de l’appareil amène tout naturellement les enquêteurs à conclure à un attentat.

Seulement, les pistes pour retrouver les commanditaires sont nombreuses. Les soupçons se portent tout d’abord sur un groupe terroriste palestinien soutenu par la Syrie, le FPLP-CG de Mohamed Jibril.[1]

Puis l’Iran est à son tour pointée du doigt. Le régime iranien aurait un mobile, à savoir la perte d’un avion de ligne iranien, avec ses 290 passagers, abattu par erreur au-dessus du Golfe persique le 3 juillet 1988 par un navire américain, l’USS Vincennes.

Le 19 septembre 1989, un autre attentat, présentant beaucoup de similitudes avec celui de Lockerbie, est perpétré contre un DC-10 de la compagnie UTA au-dessus du Niger. Plusieurs éléments de l’enquête française font peser de lourds soupçons sur la Libye et c’est vers ce pays que les enquêteurs vont orienter leurs investigations.

Les Libyens, comme les Iraniens, ont aussi un mobile : se venger du bombardement de Tripoli par l’aviation américaine en 1986. D’autant plus que les investigations des experts permettent de retracer le parcours de la valise piégée qui a fini par exploser à bord du Boeing de la PanAm.

La bombe a été fabriquée à Malte, avec du Semtex, un explosif très puissant d’origine tchèque, puis cachée dans une radio elle même placée à l’intérieur d’une valise. Après être passée par Francfort, la bombe est embarquée à l’aéroport de Londres dans la soute de l’avion de la PanAm qui doit rejoindre New York.

Deux Libyens sont alors suspectés d’avoir réalisé l’attentat. L’un comme l’autre ont été employés à Malte par la Libyan Arab Airlines au moment des faits. Plus troublant encore, ils feraient également partie des services secrets libyens.

C’est sur ces conclusions que, le 14 novembre 1991, les autorités judiciaires britanniques et américaines mettent en examen Amine Khalifa Fhima et Abdel Basset Ali al-Megrahi, les deux suspects désignés par les enquêteurs, et demandent leur extradition à la Libye pour qu’ils puissent être jugés..

Seulement, le gouvernement libyen refuse de répondre favorablement à la demande des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne en invoquant une règle constitutionnelle qui interdit toute extradition de ses citoyens vers d’autres pays. La Libye va donc s’exposer à des sanctions économiques et militaires votées par le Conseil de sécurité de l’ONU en 1992 et en 1993.

Pour que la Libye ne soit plus considérée comme un Etat paria, il lui est demandé de collaborer aux enquêtes sur les deux attentats qu’ elle est soupçonnée d’avoir commandité, de livrer à la justice les présumés coupables et d’indemniser les familles des victimes.

Avec une économie sinistrée par le régime des sanctions internationales, le colonel Kadhafi va tenter de se refaire une image. En avril 1999, et après avoir trouvé un terrain d’entente avec les Américains et les Britanniques, les deux suspects de l’attentat de Lockerbie sont remis à la justice écossaise. Une condition est toutefois posée : leur procès devra avoir lieu en terrain neutre. Après ce rebondissement, les sanctions frappant la Libye sont suspendues, mais non définitivement levée.

En janvier 2001, Amine Khalifa Fhima et Abdel Basset Ali al-Megrahi passent enfin en jugement aux Pays-Bas. Si le procès n’a pas pu faire toute la lumière sur les vrais commanditaires de l’attentat - certains pensent même que les deux Libyens l’ont exécuté pour le compte de l’Iran -, le verdict du tribunal écossais est mitigé. En effet, Abdel Basset Ali al-Megrahi est condamné à la prison à vie tandis que son supposé complice est acquitté au bénéfice du doute.

Il reste maintenant à la Libye de verser une compensation financière aux ayants droits des victimes de l’attentat de Lockerbie et de reconnaître officiellement son implication dans le drame. Ce ne sont qu’à ces conditions qu’elle pourra voir annulées définitivement les sanctions internationales qui pèsent sur son économie.


 Notes : [1] Front populaire de libération de la Palestine - Commandement général

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