Les talibans, pions des services secrets pakistanais

31 mai 2006 – 21:16

Le gouvernement afghan voit la main du Pakistan derrière l’offensive de printemps des talibans. Il faut dire que les relations entre les étudiants en religion et l’ISI, les services secrets pakistanais, sont anciennes.

En 1996, quand Kaboul passe sous le contrôle des talibans, l’ISI pouvait se frotter les mains. Pour la première fois, il parvenait à installer en Afghanistan un gouvernement qui allait être favorable aux Pakistanais.

Le soutien d’Islamabad aux fondamentalistes afghans commence en 1994. Le général Nasirullah Babar, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Bénazzir Bhutto encourage alors la création d’un mouvement islamiste susceptible de prendre le pouvoir en Afghanistan et d’assurer à ce pays une certaine stabilité. Il est aidé en cela par le mowlana Fazlur Rehman, le chef du Jamiat um-Ulema e-Islami (JUI), une formation intégriste qui va aider les talibans à se développer.

Ce parti jouit en outre d’une forte popularité parmi la population pachtoune du Balouchistan, une province du Pakistan. Le mowlana s’est en outre allié au parti de Bénazzir Bhutto, ce qui lui permet alors d’avoir des contacts au sein de l’armée et de l’ISI.

Un gouvernement stable et acquis à la cause pakistanaise répond à plusieurs objectifs d’Islamabad. Le premier est économique : il est alors important pour le Pakistan que les routes commerciales qui traversent l’Afghanistan soient sécurisées afin de permettre les échanges économiques avec les autres républiques de l’Asie centrale.

Le second est d’ordre géopolitique car l’ouverture de ces routes commerciales et la “satellisation” de l’Afghanistan donne ainsi tout son sens au concept de “profondeur stratégique”, cher à Islamabad dans son face à face avec New Delhi.

Malgré les attentats du 11 septembre 2001 et l’assurance du président pakistanais, Pervez Musharraf, de rester l’allié des Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme, et surtout en dépit de la débandade des talibans, l’ISI aurait continué de leur apporter son soutien. Et cela, alors même que les forces de la coalition ménée par les Américains continuent le combat contre eux. Même si cette aide ne se fait pas ouvertement, le Pakistan reste toutefois bien passif face aux infiltrations des talibans en Afghanistan.

Cette situation met Kaboul dans une situation délicate. D’une part, le gouvernement afghan peine à reprendre le contrôle des régions du sud-est du pays, plutôt favorables aux fondamentalistes. D’autre part, la question de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, la ligne Durand, n’est toujours pas réglée. Et Islamabad se sert habilement des troubles dans les zones frontalières pour faire reconnaître ce tracé par le gouvernement afghan.

Quant à la politique américaine dans la région, elle est ambigüe, notamment à cause du double jeu apparent du Pakistan. D’une part, les Etats-Unis ont besoin d’Islamabad pour traquer Oussama Ben Laden dans les zones tribales autonomes. D’autre part, l’armée américaine doit affronter sur le terrain les milices talibanes dont les agissements bénéficient de la clémence, voire de la bienveillance, du Pakistan.

Cette apparente schizophrénie de la politique pakistanaise peut s’expliquer par le fait que l’ISI étant un Etat dans l’Etat, il agit comme bon lui semble, sans que Musharraf ait son mot à dire. Ce dernier, d’ailleurs, est dans le collimateur des fondamentalistes qui lui reprochent son alliance avec les Etats-Unis.

Les services secrets pakistanais, qui comptent beaucoup de pachtounes dans leurs rangs et seraient noyautés par des islamistes, ont toujours joué un rôle non négligeable dans la vie politique du Pakistan. Mubashir Hassan, ancien ministre des Finances pakistanais, avait d’ailleurs déclaré, au sujet de l’ISI que “le monde politique pakistanais est le résultat de manipulations au sommet, et les gagnants sont sans défense devant les services secrets”.

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